(Pardon pour Platon qui a pris une balle perdue à cause d’une rime facile.)

La Silicon valley et le “néo-néoplatonicisme”

Dans cet article du blogueur Ploum, ce dernier critique vertement la pensée platonicienne et néo-platonicienne qui sépare (grossièrement) le monde matériel du monde des idées, construisant une hiérarchie dominée par le second. A l’inverse, l’auteur se demande, avec d’autres, si ce n’est pas la pensée qui fait le penseur, plus que le penseur ferait la pensée. Car en effet, il est difficile d’imaginer que l’on agit toujours après moult réflexion ou même, si c’était le cas, que ladite réflexion puisse être totalement coupée du monde et de l’expérience que nous en avons. Si j’écris aujourd’hui, ce n’est qu’en partie parce que je l’ai décidé ; c’est surtout parce que mes pensées et valeurs profondes me font faire ce choix presque malgré moi. Si j’avais effectivement le choix1, je ferais sans doute autre chose. Quelque chose de moins fatiguant et de plus facile, probablement.

Mais Ploum va encore plus loin en parlant de “néo-néoplatonicisme”, une pensée où tout deviendrait subalterne à l’idée. Avec l’IA, plus besoin de penser, plus besoin de travailler ou d’apprendre : il suffit d’avoir une idée et de la donner à ChatGPT. C’est aujourd’hui le monde poussé par la Silicon valley. Un monde d’ailleurs assez pervers, qui ne récompenserait en fait pas les gens qui ont des idées (tout le monde a des idées, tout le temps), mais ceux qui ont le pouvoir - économique, surtout - de les faire réaliser par d’autres.

https://ploum.net/2025-10-27-outil-va-faire-de-moi.html

Nos outils ne sont pas neutres

C’est l’article précédent qui m’a amené à repenser à celui-ci, découvert il y a quelques mois certes, mais qui m’avait fait si forte impression que je l’ai relu exprès. Son auteur, Frank Elavsky, s’énerve à raison contre l’affirmation qu’une chose - ici l’IA - “n’est qu’un outil”. Invoquant de nombreuses références, notamment philosophiques, il nous fait voir qu’un outil n’est en fait jamais neutre : l’invention de la voiture individuelle a fini par conduire à centrer nos villes et nos moyens de transport sur elle, par exemple, avec les conséquences que l’on connaît2 et que l’on essaye aujourd’hui de corriger.

Même un outil bien plus simple qu’une IA ou une voiture ne peut être neutre. Citant Anna Gyllenklev, il explique que même une chaise communique une intention : s’asseoir d’une certaine façon.

Bref, l’article est (relativement) long et complexe, et c’est ce que j’ai apprécié. Plutôt que d’en faire une mauvaise synthèse, je ne peux qu’en recommander chaudement la lecture.

https://www.frank.computer/blog/2025/05/just-a-tool.html

Pourquoi on ne recycle pas - efficacement - le plastique (spoiler : le capitalisme)

Dans mon esprit, les efforts de recyclage n’étaient pas ce qu’ils auraient dû être à cause d’une nébuleuse résistance opposée par les multinationales du monde entier, sans que je me sois véritablement renseigné. C’est-à-dire, pour ma défense, qu’il suffit de se pencher pour trouver des scandales impliquant des grandes entreprises qui polluent et exploitent tout en essayant de dissimuler leurs actes.

Cette vidéo-interview (malheureusement non sous-titrée en français) de Hank Green comble donc mes lacunes sur le sujet. L’explication est donc qu’il y a plusieurs types de plastiques qui se recyclent différemment, qu’il n’est pas toujours aisé de séparer le plastique des autres matérieux qui lui sont adjoints… mais surtout, a priori, qu’il est apparemment beaucoup moins cher de produire du plastique neuf.

Grossièrement résumé, il semblerait que le composant principal du plastique soit un sous-produit de la production de gaz naturel, que les Etats-Unis extraient en grandes quantités. Ce composant n’étant pas vraiment utile, il est soit brûlé pour s’en débarrasser, soit revendu pour des sommes ridicules, d’où le faible prix du plastique neuf.

Honnêtement, j’ai un peu de mal à accepter telle quelle l’explication : je comprends que le système actuel n’incite pas les entreprises à recycler au lieu d’acheter neuf, mais… est-ce que ce n’est pas qu’une raison de plus pour changer le système au lieu d’adapter sans fin ses règles ? Heureusement la vidéo tourne ensuite au dialogue sur les nouvelles et futures façons de recycler le plastique et de faire mieux qu’aujourd’hui. C’est loin d’être parfait, mais c’est une discussion nécessaire3.

https://www.youtube.com/watch?v=325HdQe4WM4


  1. “Mais on a toujours le choix” : c’est vrai, on a toujours celui d’en faire des mauvais. Mais en interprétant charitablement les propos d’autrui vous verrez bien qu’on ne parle pas de ces choix-là. ↩︎

  2. La dépendence à l’essence et donc au pétrole, l’atrophie des transports en commun, des coûts de construction et d’entretien énormes pour toutes les infrastructures dont la voiture dépend (routes, garages, parkings, raffineries, bateaux pour transporter le pétrole…) pour n’en citer que quelques-uns. ↩︎

  3. Même si elle arrive bien trop tard. ↩︎